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« Son mentor. Et coach de son cerveau. »
7 septembre 2026 · Jean Pierre Ciesielski
Dimanche, en compétition de golf : trois joueurs dans le même départ, quatre heures et demie de marche, et la découverte d'un sport où l'on joue quelques minutes et où l'on pense tout le reste du temps.

Hier, je n'étais pas venu pour apprendre. J'étais venu pour être là. Un de mes mentorés jouait une compétition, et être présent fait partie du contrat que je passe avec chacun de mes athlètes. On ne mentore pas que depuis un écran. On mentore aussi sur le terrain.
Un monsieur est venu me voir dans la matinée. Il avait compris que j'étais là pour l'un des joueurs.
« Vous êtes son coach ? »
« Son mentor. Et coach de son cerveau. »
Il n'a pas ri. Il m'a regardé un instant, puis il a dit : « C'est tellement important. »
Nous avons parlé un moment. À la fin, il m'a demandé s'il pouvait avoir ma carte.
Ni argumentaire, ni démonstration. Il avait compris en une phrase. Parce qu'au golf, plus que dans n'importe quel sport que j'ai fréquenté en vingt-cinq ans, tout le monde sait exactement de quoi je parle.
J'arrivais avec l'humilité de celui qui ne sait pas.

Mon expérience du golf tenait en deux lignes. Des soirées au Top Golf, un verre à côté, zéro conséquence. Et une initiation au golf d'Hardelot avec Thibo, un de mes amis les plus proches, qui a eu la patience de me montrer comment tenir un club sans le lancer.
C'est exactement pour cette raison que j'ai vu des choses. Quand vous connaissez trop un sport, vous regardez le geste. Quand vous ne le connaissez pas, vous regardez l'humain. Hier, j'ai regardé des humains pendant plus de quatre heures.
Le sport le plus poli du monde, et le plus impitoyable.
Trois joueurs partent ensemble et passent quatre heures et demie côte à côte. Ils ne sont pas coéquipiers, ils sont adversaires. Et pourtant ils marchent ensemble, s'attendent, se félicitent, et notent parfois la carte de score de l'autre. Vous êtes à la fois joueur et témoin officiel de la performance de celui qui va vous battre. Je ne connais aucun autre sport qui demande cette forme de grandeur.
Puis il y a les chiffres. Sur une journée entière, un joueur frappe soixante-dix à quatre-vingts balles. Chaque coup dure quelques secondes. Faites le calcul. Le temps de jeu réel d'un golfeur en compétition se compte en minutes. Tout le reste, c'est de la marche, de l'attente et de la pensée.
D'où le cœur de mon métier : au golf, l'adversaire principal n'est pas le parcours, c'est l'intervalle.

Au basket, quand vous manquez un tir, vous avez dix secondes pour vous racheter. Le jeu vous reprend, il vous sauve. Au golf, vous avez quatre cents mètres à marcher avec votre erreur. Seul, en silence, devant témoins. Personne ne siffle, personne n'arrête le jeu, personne ne demande un temps mort pour vous. Et le score est cumulatif, irréversible. On ne rattrape pas un triple bogey. On le porte.
Le bruit que personne ne mesure.
J'ai vu hier comment trois personnes peuvent perturber le jeu les unes des autres sans jamais enfreindre la moindre règle. Parfois consciemment. Souvent sans le savoir.
Un joueur qui se place dans le champ de vision. Un gant en velcro qu'on décolle. Un partenaire qui joue trop vite et vous met en retard sur votre rythme, ou trop lentement et vous laisse mariner quarante secondes de plus avec vos doutes.
Et surtout les petites phrases qui pèsent lourd. Le « nan mais on va appeler l'arbitre, c'est elle qui sait », lancé avec une bienveillance sincère juste après que la balle a disparu dans les arbres. Celui qui la dit veut rassurer. Celui qui la reçoit entend : tout le monde a vu que j'ai raté.
Personne n'a triché. Personne n'a mal agi. Et pourtant le système nerveux du joueur a enregistré chaque signal.
Ajoutez le vent qui tourne, le groupe de derrière qui attend en silence, la lumière qui change, les greens qui ralentissent au fil des heures avec la pousse du gazon.
Et ajoutez la vache. Oui, la vache. Dans le pré d'à côté, qui choisit de meugler exactement au moment où le club part. Aucun règlement ne l'interdit, aucun arbitre ne la sanctionne. Le sport qui exige le plus grand silence du monde se joue en pleine nature, au milieu d'un décor qui n'a rien signé.
Le golf est d'ailleurs le seul sport que je connaisse où le terrain change pendant que vous jouez dessus.
Toutes les émotions d'une journée.
Le trac du premier tee. Le moment le plus violent de la journée. Seul, immobile, observé. Mains froides, bouche sèche, respiration qui monte sans qu'on s'en aperçoive. Le corps se prépare à un danger qui n'existe pas.

La colère qu'on doit avaler. L'étiquette interdit de l'exprimer, alors elle rentre. Et ce qui rentre ne disparaît pas, ça se déplace. Dans la nuque, dans les avant-bras, dans le geste suivant.
Le doute qui s'installe pendant la marche. Les minutes où le cerveau, laissé sans consigne, refait le coup précédent en boucle et anticipe le suivant en négatif.
La résignation. Les épaules qui tombent, le rythme qui ralentit, le joueur qui joue vite pour en finir. À partir de là, la carte est terminée même s'il reste huit trous.
La fierté discrète, qu'un golfeur n'affiche jamais, et qui se voit seulement dans la façon dont il remet le drapeau dans le trou.
L'épuisement de la tête. Après quatre heures de décisions permanentes, de distances, de choix de club, de lectures de pente, le cerveau consomme énormément. Les erreurs de fin de tour ne sont presque jamais techniques. Ce sont des erreurs de carburant.
Et entre tout cela, on cherche des balles. À quatre ou cinq, penchés sur trois mètres carrés, avec un chrono qui tourne. J'ai trouvé cela magnifique : dans ce sport, les adversaires s'arrêtent pour vous aider à retrouver ce que vous avez perdu, alors même que votre balle perdue les arrange.
Et on marche. Pour ceux qui, comme moi il y a peu, imaginent le golf comme une promenade en voiturette avec un chapeau et un cigare : les voiturettes, c'est dans les films. En compétition, on marche des kilomètres. C'est un sport d'endurance déguisé en sport de précision.
On n'a pas besoin d'avoir été pro. On a besoin d'être dedans.
Il n'est pas nécessaire d'avoir été professionnel dans un sport pour accompagner un athlète de ce sport. Sinon les meilleurs mentors du monde seraient les meilleurs joueurs du monde, et l'histoire du sport a démenti cette idée des milliers de fois.
Ce qui se passe entre deux coups au golf, entre deux lancers francs au basket, entre deux arrêts au handball, c'est le même mécanisme. Le même système nerveux, les mêmes états, les mêmes bascules. Ce socle est universel, et c'est mon terrain.
Ce que je refuse, absolument, c'est l'inverse : plaquer une méthode générique sur un sport qu'on ne connaît pas. Le mindset n'est pas un produit qu'on livre en carton avec le même mode d'emploi pour tout le monde. Un athlète sent en trois minutes si vous avez compris son monde ou si vous récitez.
Ma règle est donc simple : s'immerger, apprendre, comprendre. Le vocabulaire, les codes, l'étiquette, le tempo réel d'une journée de compétition. Savoir ce qui fait mal, ce qui use, ce qui humilie, ce qui rend fier.
C'est pour cette raison que j'ai pris une décision hier, en marchant. Je vais passer du temps sur les greens moi-même. Pas au Top Golf un verre à la main. Sur un vrai parcours, à rater de vrais coups, à marcher dix-huit trous, à sentir dans mon propre corps ce que fait le premier tee quand trois personnes vous regardent.
Parce que ça fait partie du deal. Je demande à mes mentorés un engagement total : être présents, ne pas annuler la veille pour le lendemain, travailler entre les séances, être honnêtes même quand c'est inconfortable. Je ne peux pas exiger d'eux ce que je ne m'applique pas à moi-même.
La crédibilité ne se déclare pas. Elle se construit dehors, dans l'herbe mouillée.
Ce que je retiens.
Un coach de golf travaille le geste, la trajectoire, le grip, le plan de swing. C'est un vrai métier, exigeant, et je ne prétendrai jamais le faire.
Moi, je travaille sur ce qui se passe entre deux coups. Sur les quatre cents mètres de marche après une erreur. Sur les vingt secondes d'attente au tee pendant que les deux autres jouent. Sur la phrase qu'on se dit à soi-même au trou 12 quand la carte est déjà lourde. Sur la capacité à repartir propre au trou suivant, encore et encore, pendant quatre heures et demie.
Parce que dans ce sport, comme dans la vie, la technique décide de vos meilleurs coups, mais c'est le mindset qui décide de vos pires.
Je suis rentré hier soir avec une envie sincère de m'y mettre pour de bon, et la confirmation de ce que je répète à tous mes athlètes, quel que soit leur sport :
On ne performe pas parce qu'on ne ressent rien. On performe parce qu'on sait quoi faire de ce que l'on ressent.
Merci d'abord à mon mentoré, qui m'a autorisé à le suivre et à l'observer dans sa pratique. Ce n'est pas rien d'accepter un regard sur soi un jour de compétition, et cette confiance est le point de départ de tout ce que j'ai écrit ici.
Merci à ce monsieur, qui n'a pas eu besoin d'explication et qui a simplement dit « c'est tellement important » avant de me demander ma carte.
Et merci à la météo. Elle était incroyable hier. Ça fait du bien.
ENJOY LIFE.
Jean Pierre Ciesielski, fondateur de The Bounce Mentor. Mentoring et lifestyle management pour athlètes, tous sports, en France et à l'international.
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